Charte sur les ondes électromagnétiques : une occasion manquée

Après sept années de moratoire sur l’installation d’antennes relais sur le patrimoine municipal la Ville de Strasbourg s’apprête à adopter une Charte destinée à réguler les nouvelles installations de téléphonie mobile sur son territoire.

 

En théorie, pareille annonce devrait nous réjouir.

 

Qu’après trois longues années de débats souvent complexes et parfois vifs la collectivité parvienne enfin à un équilibre satisfaisant entre principe de précaution sanitaire et déploiement de nouvelles technologies est en apparence extrêmement séduisant et serait en tant que tel suffisamment exceptionnel pour être salué.

 

Mais à y regarder de plus près, tel n’est malheureusement pas le cas.

 

Nous vivons aujourd’hui en France dans une situation paradoxale. Alors que la technologie évolue très rapidement, nous continuons à nous appuyer sur une réglementation obsolète élaborée il y a plus de dix ans, qui fait aujourd’hui de la France un des pays les moins avancés dans ce domaine[1]. La ville de Bruxelles, l’autre capitale européenne, limite par exemple depuis 2007 l’exposition sur son territoire à 3 Volts/mètre alors que la norme française mentionne toujours des niveaux d’émission compris entre 41 et 61 V/m.

 

Il est donc regrettable que le débat local n’ait pas abordé de manière significative la question du niveau d’émission des antennes relais, alors que lui seul permettrait d’identifier avec précision la nature des « points atypiques » existants sur le territoire strasbourgeois. C’est-à-dire, et qu’on le veuille ou non, ceux représentant potentiellement un risque pour la santé publique.

 

Or c’est bien là que se situe le débat.

 

On ne pourra que regretter, alors que Strasbourg accueille sur son territoire cette honorable institution, que ne figurent dans ce texte aucune mention des travaux du Conseil de l’Europe, travaux qui précisent pourtant sans ambiguïté qu’il est nécessaire d’« appliquer le principe de précaution et [de] revoir les valeurs seuils actuelles car le fait d’attendre d’avoir des preuves scientifiques et cliniques solides avant d’intervenir peut entraîner des coûts sanitaires et économiques très élevés, comme ce fut le cas dans la passé avec l’amiante, l’essence au plomb et le tabac »[2].

 

Sur cette question comme sur d’autres, le regard de la société civile, et notamment des experts associatifs indépendants, aurait pu être précieux pour améliorer un texte par trop déséquilibré. Le rôle de la collectivité n’est pas d’arbitrer un débat complexe ou de prendre position dans une controverse scientifique, mais de permettre de dégager des compromis par le biais de l’échange et de la concertation de l’ensemble des acteurs impliqués.

 

Or il est patent qu’un tel résultat n’a pu être obtenu…

 

A trois reprises ces dernières semaines, le Groupe des Elu-e-s écologistes de la Ville de Strasbourg aura demandé le report de quelques mois de l’adoption de cette Charte pour permettre notamment à la société civile de faire entendre son point de vue. En vain…

 

Renoncer au moratoire existant aurait eu un sens si nous avions pu élaborer par la concertation une Charte exemplaire et équilibrée. Force est de constater aujourd’hui que le compte n’y est pas et quela Villede Strasbourg s’apprête à ouvrir l’accès au patrimoine municipal aux opérateurs de téléphonie mobile sans contrepartie réelle.

 

Il est encore temps de rouvrir le débat.

 

Eric SCHULTZ

 


[2] http://assembly.coe.int/mainf.asp?Link=/documents/workingdocs/doc11/fdoc12608.htm. Dans sa résolution 1815 du 27 mai 2011, le Conseil de l’Europe rappelle la méconnaissance que nous avons des réelles conséquences sur la santé des ondes électromagnétiques, particulièrement sur les personnes dites sensibles (nourrissons, enfants, personnes âgées). L’assemblée préconise donc de réduire au maximum les émissions réelles selon le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable), quitte à remettre en question des normes nationales qu’ils jugent parfois excessives. Plus précisément, le Conseil de l’Europe demande de passer à des émissions en intérieur radicalement plus basses, de l’ordre de 0.2 V/m, à moyen terme.

Un commentaire pour “Charte sur les ondes électromagnétiques : une occasion manquée”

  1. Bravo Eric !!
    La décision de la ville de Strasbourg est grave à plusieurs niveaux. Premièrement, elle est prise sans réelle concertation avec la population. De mémoire, je n’ai pas souvenance d’article en faisant référence. Deuxièmement, sur quelle base la ville de Strasbourg peut-elle prendre cette décision? Y’a-t-il des études scientifiques qui permettent de lever le moratoire mit en place par Fabienne Keller en 2006? Pour finir, quand est-il pour les autres communes de la CUS?

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