CM 21.11.2016 Débat d’orientation budgétaire – Jeanne Barseghian

Conseil municipal du lundi 21 novembre 2016

Point 1 : Débat d’orientation budgétaire

Intervention de Mme. Jeanne Barseghian,
Conseillère municipale, co-présidente de Groupe

Pour le Groupe des Elu.es Ecologistes et Citoyens de Strasbourg

 

Monsieur le Maire, Cher.es collègues,

Barseghian Jeanne-9460cTout d’abord un mot pour saluer la présentation très claire et le travail de qualité réalisé par nos services, sous la houlette de l’adjoint aux finances. Je voudrais tout de suite démarrer mon intervention au nom du groupe des élus écologistes, par un souhait que nous formulons pour l’avenir, et notamment pour la prochaine séquence budgétaire. Notre souhait, c’est que nos documents budgétaires, traduisent, au-delà des aspects de pure gestion financière, nos priorités politiques. C’est-à-dire qu’on puisse davantage faire le lien entre nos objectifs politiques et les moyens qui y sont alloués.

Notre projet pour Strasbourg comprend 4 axes stratégiques et nous souhaitons que nos dépenses de fonctionnement et d’investissement soient interrogées au regard de ces 4 axes. Concrètement, que pour chaque dépense (ou chaque bloc de dépense), on regarde en quoi elle contribue à l’emploi, à la transition écologique, en quoi elle réduit les inégalités, ou encore comment elle permet de soutenir les initiatives citoyennes et culturelles.

Car derrière ces chiffres qui nous sont présentés, il y a des réalités, des personnes, il y a des besoins et il y a des choix, nos choix. Nous souhaitons que ces réalités et ces choix puissent transparaître de manière plus évidente.

Et je reviens tout de suite sur une autre demande que nous avions déjà formulée, d’habitude nous terminons là-dessus, cette fois je commence par là : c’est le fait de se doter d’indicateurs extra-financiers. Pourquoi, parce que notre monde évolue, que de plus en plus d’élus, d’experts y compris des économistes avertis, s’interrogent sur une lecture purement financière qui se réduit souvent au niveau du PIB et au montant de la dette. Ces personnes s’accordent à dire qu’il est plus pertinent de planifier ou d’évaluer nos politiques publiques sous l’angle de leur impact social, économique et environnemental, sous l’angle du bien-être des personnes. Je crois que la Ville de Strasbourg, qui est moteur et volontariste dans ces domaines, gagnerait à intégrer davantage ces évolutions dans sa réflexion budgétaire.

Je donne deux exemples :

1) des études très intéressantes réalisées à Strasbourg permettent d’établir qu’1€ investi dans une structure d’insertion par l’activité économique ou dans une coopérative d’activité et d’emploi génère 4 € à 5€ de valeur sociale sur le territoire.

2) un deuxième exemple : la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg viennent de se doter d’un outil très efficace que nous appelions de nos vœux et qui figure dans la convention avec l’ADEME (point 25) : Cit’ergie, un processus de labellisation qui nous sera utile pour évaluer les économies générées, l’efficacité des actions et renforcer la transversalité. (cf dans l’optique de Strasbourg capitale verte européenne en 2019)

Ces deux exemples, il y en aurait beaucoup d’autres, nous montrent que nos dépenses ne sont pas des poids mais des leviers en matière sociale et environnementale, des investissements pour l’avenir.

A présent quelques remarques et propositions concernant les éléments qui nous sont soumis aujourd’hui :

  • Ce budget est à nouveau marqué par la baisse de dotations dont les chiffres cumulés donnent un peu le vertige. Bien que partisans de la sobriété (heureuse), nous regrettons cette image donnée à nos collectivités qui seraient de mauvais gestionnaires, qui jetteraient l’argent par les fenêtres. L’effort qui leur a été demandé est sans précédent et les annonces des candidats à la présidentielle ne nous laissent pas vraiment entrevoir d’embellie (à part Y. Jadot !). On entend avec les primaires à droite des chiffres ahurissants: la suppression de 300 000 postes ou même 500 000 postes, qui dit mieux ? Dans le même temps, les demandes des usagers et les besoins sur les territoires sont plus élevés que jamais. Nous sommes inquiets !
  • Une gestion rigoureuse a permis de maintenir la collectivité à flot, on peut s’en féliciter. Mais n’oublions pas que la stabilité des dépenses de fonctionnement se fait au prix d’efforts importants de nos agents. Nous constatons que plusieurs services sont en tension et nous appelons à une vigilance de chaque instant sur les conditions de travail, dans un dialogue constant avec les organisations syndicales. N’hésitons pas à nous réinterroger, sans tabou, sur l’adéquation entre objectifs et moyens, sous peine de dégrader la qualité de travail de nos équipes. Par ailleurs, nous considérons qu’il y a encore un travail à réaliser dans la lutte contre les gaspillages (énergétiques, ressources, papier, …) et nous souhaiterions avec un tableau de bord clair sur ces questions.
  • Avec la chute de notre épargne brute (- 8,3%), on constate une nouvelle baisse des investissements à un niveau de 90 millions d’euros, plus bas que 2010. Tendance que l’on retrouve également au niveau national
    (- 9 milliards). Nous rappelons l’importance de maintenir nos investissements pour stimuler le territoire, notamment dans le secteur de la transition énergétique, qui est à la fois, je cite le rapport «vecteur d’emploi» et nous assure une autonomie plus grande face aux fluctuations du prix de l’énergie.
  • Toujours en matière d’investissement, soulignons les choix forts auxquels nous souscrivons pleinement pour l’éducation (écoles), la culture, la sécurité, le soutien au secteur associatif (quand le département se désengage). Nous sommes bien moins enthousiastes quand il s’agit de financer de nouvelles liaisons routières ou parkings.
  • Enfin, nous pensons qu’il pourrait être intéressant d’avoir au DOB une photographie complète de la sphère budgétaire publique intégrant les satellites (SEM et SPL).

 

En conclusion, les éléments du contexte national et international nous montrent clairement qu’une transition est amorcée et que nous entrons dans une ère post-croissance. De nombreuses incertitudes pour ne pas dire des menaces planent sur notre avenir. L’urgence écologique et sociale est chaque jour plus forte et nous contraint à agir, vite.

Loin des grandes incantations sur le retour de la croissance et des 30 glorieuses dans lesquelles certains s’entêtent toujours, nous, écologistes, voulons faire de ces mutations profondes des opportunités.  Il est temps de changer de logiciel : sortir des logiques d’économies de court terme, raisonner en coût global, développer notre capacité à innover et à nous inspirer de ce qui se fait ailleurs, favoriser la participation des agents en interne, des habitants sur le territoire. Construire, ici, pas à pas un nouveau modèle démocratique, écologique et solidaire !

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