CM 27 02 2017 – Point 5- Clinique Rhéna

Conseil municipal du 27 Février 2017

Intervention de Mme Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au Maire

Point 5: Avis Chevènement (article L.5211-57 du Code général des collectivités territoriales), avis préalable – Secteur Deux-Rives : vente de parcelles appartenant à l’Eurométropole de Strasbourg pour l’implantation d’un ensemble hospitalier, d’un parking silo, et de projets complémentaires à ces activités sur un site géographique unique (ancien Foirail au Port du Rhin)

Dans la continuité lors des décisions prises lors des conseils précédents de notre collectivité sur le projet de la clinique Rhéna, nous ne pouvons approuver cette délibération

Pourquoi le choix de ce vote?

  1. Certes procéder à la vente du terrain à Rhéna va dans le sens d’une prise de distance par rapport à la position prise jusqu’à présent par notre collectivité : un bail emphytéotique avantageux qui favorisait une clinique dont le mode de fonctionnement se situe clairement dans une perspective commerciale. Ce montage n’aurait jamais dû être pris, Cette délibération le montre, c’est pourquoi à l’époque, nous avions voté contre la délibération concernée. Vendre le terrain est une forme de désengagement minimal.
  2. … et incomplet. Par cohérence nous devrions revenir de la même façon sur la deuxième facilité que notre collectivité a accordé à Rhéna, à savoir la garantie bancaire de 91,9 millions d’euros à long terme, alors même que le CHU public de Strasbourg est en situation financière particulièrement fragile et nous n’en parlons jamais !  Dégageons nous aujourd’hui de cette garantie bancaire, une faveur qui obère notre capacité d’endettement pour d’autres projets davantage porteurs d’intérêt général. Notons d’ailleurs qu’avec ses projets en cours (achat de terrain et début d’extension de Rhéna 2), la clinique Rhéna continue d’investir, avec déjà 46 millions à ce jour et il semble qu’elle peut très bien se passer de nous. L’argent public doit d’abord servir aux structures publiques, et non pas à des cliniques se plaçant dans des logiques commerciales.
  3. Si nous prenons aujourd’hui des distances, nous savons que nous avons contribué, par ce projet Rhéna à une augmentation de l’offre à logique commerciale au détriment de l’offre para-publique qui existait à Strasbourg avant la fusion des cliniques :  aujourd’hui même, la clinique (Rhéna 1 donc) ouvre avec, selon les DNA, 368 lits, en secteur privé de façon dominante dont seuls 30 lits restent en parapublic alors que l’offre auparavant était d’environ 260 places en secteur lucratif (Les Diaconesses et Sainte Odile) et qu’il existait près de 140 (138 exactement) lits en parapublic à Adassa. Soit une augmentation de plus du tiers pour le secteur à visée commercial face à une diminution de plus des ¾ de l’offre en secteur parapublic !
  4. Ce projet d’extension Rhéna 2 fait courir de plus un risque de fragilisation supplémentaire pour les HUS. Sur l’occupation future de ses 8000 m2 supplémentaires nouveaux, on ne sait rien si ce n’est qu’il y aura les cardiologues de l’Orangerie, mais à l’heure actuelle ils n’utilisent que 1500 m2. Alors, 8 000 m2 pour quoi faire ? Il faudra des médecins pour y travailler. Et d’où viendront-ils ? Des hospitaliers fuyant les contraintes budgétaires qui ne manqueront pas d’être de plus en plus pesantes aux HUS ?

Au bout du compte, l’accès aux soins en sera rendu plus difficile pour nos concitoyens, alors que tout montre en cette période électorale actuelle qu’il s’agit d’un sujet central de préoccupation.

  1. Enfin, les besoins réels du quartier en terme sanitaire ne trouvent toujours pas de réponse satisfaisante. La clinique Rhéna ? Ses propres objectifs ne permettront pas de les prendre en compte. Et  pourtant, outre les nuisances générées par le trafic accru par cette nouvelle activité, le port du Rhin est un quartier déjà sous tension, il n’y a qu’un médecin généraliste qui est à bout de souffle. Nous avons été incapables de créer une maison urbaine de santé, pourtant inscrite au PPI dès 2010. Or, les soins de santé ambulatoires de base, médecine générale et infirmières ne seront jamais remplacés par des urgences et des cabinets privés de spécialiste pratiquant des dépassements d’honoraires alors que ce quartier vieillit et que  la population y est malheureusement encore, défavorisée. Entendons les habitants et œuvrons à la création d’une maison urbaine de santé au Port du Rhin. Nous ne doutons pas que notre collectivité, de même que l’Etat  sauront soutenir ce projet d’intérêt général qu’est une maison urbaine de santé, indispensable pour les habitants actuels et ceux à venir, comme nous avons su le faire pour Rhéna et ses intérêts particuliers…

Malgré le désengagement partiel mais réel de notre collectivité grâce à la vente du terrain, en raison du renforcement de la médecine lucrative aux dépens du parapublic, de la fragilisation de l’hôpital public, l’absence de réponse aux besoins de santé du quartier, le compte n’y est pas. Nous voterons contre cette délibération.

 

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