Le campement n’est pas la réponse à l’accueil migratoire – tribune DNA du 30/09/2017-

Tribune de Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au Maire déléguée aux solidarités

« Strasbourg l’Européenne, capitale des droits de l’homme, siège du Parlement et du Conseil de l’Europe, est aussi Strasbourg la solidaire. Riche de son histoire, les valeurs de solidarité, d’accueil et d’ouverture de la Ville se conjuguent à sa volonté de combattre les peurs fantasmées et agitées par les populistes qui desservent toujours la France qu’ils prétendent défendre, ou l’Europe dont ils rejettent les fondements…

Le Festival des migrations « Welcome Europe » de Strasbourg (lire en page 48) exprimait, hier à sa façon, la nécessité d’un débat public exigeant autour des migrations pour affirmer des valeurs partagées et porter l’espoir d’une politique renouvelée.

Riche de ses migrations, la France reste un pays d’accueil pour des hommes et des femmes qui ont quitté leur pays dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cette attractivité témoigne de la qualité de nos institutions et de nos libertés publiques.

Des valeurs de solidarité et de dignité humaine

Suscitée par les guerres, les famines, les catastrophes écologiques, les discriminations, les disparités qui traversent le monde, la demande d’asile auprès de la France est en croissance ces dernières années. Mais elle ne peut, de loin pas, être qualifiée de massive au regard de celle que connaissent nos voisins d’outre-Rhin ou le reste du monde. Pourtant, certains territoires tels que Paris, Calais, les grandes métropoles et, dans le Grand Est, Metz et Strasbourg, sont confrontés à l’inégale répartition de la demande sur l’ensemble du territoire national et sont sous tension.

Cela interroge les modalités administratives de l’accueil de la demande d’asile relevant de l’État, en particulier sur la question majeure de l’hébergement, saturé dans les territoires d’arrivée importante de migrants, malgré des places en augmentation constante. Décidée il y a quelques semaines, l’État s’engage à faciliter une répartition nationale de la demande d’asile. C’est un pas, dont les effets attendus restent à venir.

Strasbourg, ville symbole, métropole dynamique, carrefour historique de migrations, contribue fortement à cet accueil. Elle ne se résigne ni aux inégalités et à l’exclusion, ni au drame de l’exil et du déracinement.

Le campement n’est pas la réponse à l’accueil migratoire

Plusieurs centaines de personnes migrantes arrivent chaque mois sur notre territoire, 3 000 demandes d’asile recensées en 2016, davantage en 2017. L’installation progressive d’un campement par des migrants derrière la gare témoigne de cette limite locale de l’accueil et de l’action publique.

Les trois derniers mois, 350 personnes y ont séjourné, elles sont près de 100 actuellement, principalement sous tentes. Quelques personnes seulement sont présentes depuis le début, le nombre d’enfants est très fluctuant. Si cette situation est « a-normale », les chiffres montrent qu’en temps décalé, après quelques jours ou semaines d’attente, des places devenues disponibles permettent à des personnes du campement de rejoindre une structure d’accueil.

Sur le site se révèle une grande diversité de situations et de parcours de vie : demandeurs d’asile en cours de procédure pour près de 6 personnes sur 10, personnes déboutées du droit d’asile pour un quart, et ressortissants de l’Union européenne relevant du droit commun.

La Ville de Strasbourg suit de près la situation de ce site depuis le début, dans la proximité, accompagnant les familles, assurant la sécurité, grâce à l’action des services municipaux (Protection maternelle infantile, équipe de rue, CCAS, salubrité, espaces verts, police municipale…). Sur ce site bien entretenu avec le concours des personnes, des commodités de base ont été installées (toilettes sèches, eau froide).

La veille et la solidarité citoyennes et associatives, régulières dès le début, ont contribué à améliorer la vie quotidienne des personnes sur le site, au niveau sanitaire et logistique.

Un dialogue suivi avec l’État

« Personne n’a vocation à vivre durablement dans un campement, c’est indigne et contraire aux droits humains ». Depuis 2008, cet objectif fixé par le maire de Strasbourg Roland Ries guide une stratégie municipale de résorption des bidonvilles, dans le respect des parcours de vie des personnes et de leurs droits.

Aussi, sur ce fondement, le dialogue engagé dès le début entre l’État et la Ville de Strasbourg a permis un travail étroit et de qualité. Accompagner les personnes, orienter chacune d’elle en fonction de son histoire et de sa situation : tel est aujourd’hui le travail en cours par les services de l’État et ceux de la Ville, au regard de leurs responsabilités propres.

Le 2 juillet dernier, le président Macron déclarait à Orléans : « D’ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois ». Et maintenant ? Il faut passer des paroles aux actes. La Ville et l’Eurométropole, quant à elles, sont déjà à la tâche… »

Remonter