Débat d’orientations budgétaires à l’Eurométropole : Malgré les nuages, gardons le cap ! – Intervention de Marie-Dominique Dreyssé

Marie-Dominique Dreyssé, Conseillère eurométropolitaine déléguée, adjointe de la commune de Strasbourg

Point 2 : Débat d’orientations budgétaires 2018 de l’Eurométropole de Strasbourg

Monsieur Le Président, mes chèr.es collègues,

Tout d’abord, le groupe des élu.es écologistes tient à saluer la qualité des documents fournis et le travail effectué par les services de l’EMS, sous la houlette éclairée de notre vice-présidente. Ils permettent une lecture claire de la situation financière dans laquelle se trouve nous sommes aujourd’hui à mi-mandat.

La situation de l’EMS reste fragile en raison du coût de l’usine d’incinération et des baisses de dotation passées, mais nos indicateurs s’améliorent du fait de la maîtrise des dépenses de fonctionnement et d’une gestion active de la dette, et cela nous permet de maintenir un investissement élevé pour notre territoire. Il faut le saluer, le cap est tenu. 

Pour autant, nous nous questionnons : à quel prix sont obtenus ces résultats ? Peut-on simplement se féliciter  de la diminution de nos effectifs ? Comment ne pas s’interroger sur la mise sous tension de notre structure ? Sur le renoncement à des projets ? Nous nous devons de poser la question suivante. Les suppressions de postes permettent de maîtriser nos dépenses et de réaliser immédiatement des économies, c’est indéniable. Mais quelles conséquences peuvent-elles induire en chaîne ? Une augmentation de l’absentéisme dû à ces mutations, une augmentation des coûts provoqués par la ré-organisation, voire la dé-sorganisation de nos services ? Quelles sont réellement les conséquences d’un management où la pression et les contraintes financières sont fortes, trop fortes ?

Cette question nous l’avons tous et toute » Car quel.le est l’élu.e qui n’a pas été interpelé.e à un moment ou un autre par un des services  thématiques pour une alerte sur la pression au travail, jusqu’à des formes de souffrances au travail ? Soyons très attentifs à nos agents et particulièrement à ceux qui sont en relation directe avec les habitants car ils sont encore davantage exposés aux tensions !

N’oublions jamais que le bien-être au travail est la meilleure condition d’un service public de qualité. Nous pouvons légitimement penser que des réorganisations brutales quand elles vont trop vite ou dépassent certaines limites ont un impact direct sur la productivité de nos agents, sur l’avancement et la gestion des projets de la collectivité. Mais nous savons aussi que cela nous fait rater des opportunités pour chercher et solliciter des financements alternatifs dont notre budget aurait bien besoin ! Mis bout à bout, si l’on ajoute le coût des externalisations, sommes-nous bien sûr.es de réaliser des économies ? La question mérite d’être posée.

Nous sommes également plus que dubitatifs quant à la stratégie de l’Etat : pourquoi mettre sous pression les collectivités alors même que les règles comptables actuelles font d’elles de bonnes gestionnaires, puisqu’elles ne peuvent voter de budget en déséquilibre, ni s’endetter pour leur fonctionnement ? En revanche, elles exercent de plus en plus de compétences, investissent et participent activement au développement de leurs territoires. N’y a t-il pas une volonté de fragilisation des collectivités territoriales ? Car de fait, nous assistons aujourd’hui à une forme de recentralisation dans notre pays et l’amorce d’une mise sous tutelle des territoires.

Les choix budgétaires gouvernementaux vont impacter directement et durement les territoires. La réforme des APL, la ponction des bailleurs sociaux, la diminution drastique des contrats aidés, les objectifs d’économies de 13 milliards d’euros, la fin des maisons de l’emploi, la ponction des agences de l’eau, toutes ces mesures constituent de réelles menaces pour les métropoles et risquent de nous bloquer dans nos actions. La dette garantie par l’Eurométropole dans le logement social par exemple, c’est 1,8 milliards d’euros, la compensation des contrats aidés 2,5  millions d’euros. Des nuages dont on se passerait bien…

Quant aux promesses de compensation de l’Etat ou de plan d’investissement de 50 milliards aujourd’hui  ? Ace jour elles restent des promesses puisque la totalité des financements est loin d’être acquise, si l’on en croit la gazette des communes… Nous attendrons du concret, des garanties. Oui il nous faut demander un engagement ferme de l’état, qui plus est sur la durée.

Car, au final, quel sera l’impact sur nos finances d’une exonération ou d’un dégrèvement de la taxe d’habitation pour 80% des habitants de l’EMS ? Le risque est là pour toutes les communes de l’EMS bien sûr, mais aussi très différent différent selon les communes en fonction de leur diversité sociologique : celles qui portent déjà les solidarités plus que les autres risquent de se retrouver le plus en difficulté, comme Bischheim, Schiltigheim et bien sûr Strasbourg avec 23% de ses habitants sous le seuil de pauvreté. Nos 33 communes, toutes, seront impactées et risquent de se retrouver en difficulté. Cela bien sûr ne manquera pas d’avoir aussi des répercussions pour l’Eurométropole dans son ensemble.

Pour finir, vous l’avez compris, le débat d’orientation budgétaire ne doit pas uniquement se résumer au débat sur la fiscalité et la gestion comptable de la collectivité. Car le budget est avant tout la traduction de nos aspirations politiques et de notre projet pour le territoire.

Le projet de l’EMS est clair. C’est accélérer la transition écologique dans l’énergie, les déchets, c’est le but du plan climat 2030 récemment lancé. C’est porter une stratégie de l’habitat ambitieuse et volontariste dans le logement social notamment.  C’est soutenir l’innovation sociale, l’économie locale et l’attractivité du territoire. C’est permettre le développement de mobilités à moindre impact, c’est la lutte pour une meilleure qualité de l’air,  le développement des transports en commun y compris en seconde couronne et en site propre, avec notamment les extensions des lignes de tramways et du BHNS vers l’ouest et le nord de l’Eurométropole. C’est agir pour l’égalité territoriale, notamment en ce qui concerne les équipements communautaires, et nous rappelons notre attachement  à la médiathèque nord pour laquelle nous souhaitons un engagement ferme quant à sa réalisation effective avant la fin du mandat.

C’est ce cap et ces priorités qui sont la boussole de notre action, et au-delà des paroles, cela doit continuer à se traduire dans les actes, à commencer par le budget qui sera adopté d’ici un mois.
Je vous remercie.

 

 

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