Strasbourg, Ville accueillante – tribune DNA – 13/04/18

Syamak Agha Babaei ( Strasbourg, énergies positives ),  et Marie-Dominique Dreyssé

« Il y a trop d’immigration, on n’en peut plus, la France est submergée. » Dans les médias, dans la rue, dans la bouche de politiciens opportunistes jusqu’au plus haut niveau de l’État, cette sourde plainte deviendrait réalité alors que les chiffres disent le contraire ! L’Union européenne accueille 3 millions de migrants par an, soit 0,5 % de la population. En France, ce sont 200 000 nouvelles personnes étrangères, soit 0,2  % de sa population (chiffre stable depuis 2004), mais dans le même temps 70 000 quittent notre territoire… Quant à l’asile en 2017, 100 000 personnes en font la demande (soit 0,1 % de la population), seuls 32 000 en obtiennent le statut. Nous sommes bien loin des effets d’annonce qui alimentent fantasmes, peurs et extrémismes.

« Inutile, la future loi asile menaceles droits fondamentaux ! »S’il y a crise, ce n’est pas celle des réfugiés ou des migrants, c’est celle de l’accueil ! La politique migratoire de la France est figée depuis la fin des années 1970 à la seule approche économique, loin de la protection des droits et des personnes. Pourtant, le monde change. Guerres, réchauffement climatique, appauvrissement des ressources alimentaires, accroissement des inégalités à l’échelle planétaire, mondialisation nous obligent à repenser nos politiques et à nous préparer à ces enjeux.

La loi asile/immigration du ministre de l’intérieur Gérard Collomb révèle l’incapacité du gouvernement Macron-Philippe à comprendre ces mutations et à y apporter des réponses adéquates. On retrouve les mêmes vieilles recettes éculées, véhiculant comme jamais une atteinte au droit.

Plus grave, les alertes du Conseil d’État, les critiques aiguës du Défenseur des Droits Jacques Toubon, la grève des personnels de l’OFPRA et de la CNDA, l’expertise des associations et des acteurs n’ont pas été entendus.

Cette loi fait craindre le pire. Elle bafoue les valeurs universelles des droits de l’Homme, les droits fondamentaux, et tend à criminaliser la migration : tradition d’accueil rayée d’un trait, durée de rétention administrative jusqu’à 90 jours (soit trois fois la moyenne dans l’Union européenne), entrave à l’exercice du droit du fait des nouvelles procédures écourtées, rétention des enfants banalisée, délit de solidarité renforcé pour les citoyens faisant acte de fraternité avec des migrants.

« Agir maindans la main»Dès 2015, de nombreux Strasbourgeois ont répondu à l’appel au soutien du maire Roland Ries pour les réfugiés, un soutien relayé au quotidien depuis des décennies par un tissu associatif dense et actif auprès des nouveaux arrivants sur notre territoire, un soutien également affirmé par l’Université de Strasbourg.

En 2017, la Ville a ouvert 100 places d’accueil supplémentaires pour les personnes vulnérables à la rue, la plupart dans un parcours de migration. Pour citer Roland Ries, « si ces personnes sont sans droits administratifs, elles ne sont pas sans droits en humanité ». Ainsi Strasbourg a pris la tête des grandes villes françaises qui demandent à l’État d’assumer sa responsabilité en matière d’accueil, comme elles prennent les leurs sur leurs territoires. Invoquer des moyens limités pour ne pas répondre aux droits fondamentaux et ne retenir en actions prioritaires que l’enfermement et la répression n’est acceptable par personne.

Accueillir dans la dignité, mener une politique d’inclusion active par l’apprentissage de la langue, la scolarisation, la formation universitaire et professionnelle, l’accès à la santé et à l’emploi, l’exercice d’une citoyenneté de résidence sont autant de chantiers dans lesquels nous devons accompagner les personnes migrantes. L’ensemble des acteurs doivent agir main dans la main. À Strasbourg, dans le respect des droits fondamentaux et des valeurs de fraternité, nous y sommes prêts ! »

(*) Syamak Agha Babaei est vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de l’habitat et de l’hébergement, et conseiller municipal de Strasbourg(**) Marie-Dominique Dreyssé est adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités, et conseillère eurométropolitaine.

 

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