Notre réponse à l’enquête publique du GCO

Objet : Enquête publique ACOS – DAU ARCOS

 

Madame la Présidente,

Nous souhaitons vous faire part de nos inquiétudes suite aux multiples avis défavorables rendus par plusieurs autorités indépendantes à propos du projet de Grand Contournement Ouest (GCO).

Nous ne reviendrons pas sur l’incohérence de fond du projet du Grand Contournement Ouest qui n’est plus à démontrer – un projet qui développerait le trafic routier, alors même que l’OMS estime que la pollution de l’air est responsable de 7 millions de décès prématurés chaque année – ni même sur les manquements du dossier soulevés à de multiples reprises par le Conseil National pour la Protection de la Nature (CNPN) et l’Autorité Environnementale (AE).

Si nous soutenons le principe de cette enquête publique qui permet aux citoyen.nes de se positionner sur les projets qui les concernent, nous nous interrogeons sur le calendrier, la méthode et la prise en compte des résultats.

En effet, le 23 janvier dernier, le Ministère de la transition écologique et solidaire a déjà déclaré autoriser les travaux via un communiqué de presse : « l’Etat (…) délivrera l’autorisation unique environnementale pour permettre la réalisation de l’autoroute », après un nouvel avis négatif du CNPN, alors même que l’avis de l’Autorité environnementale n’était pas encore connu – et s’est avéré sévère par la suite –  et que l’enquête publique n’était pas lancée.

Il nous semble inconcevable qu’un dossier invalidé par deux fois par le CNPN puis par l’Autorité Environnementale (AE) – deux instances indépendantes – ait été soumis dans ces conditions à l’appréciation de nos concitoyen.nes, appréciation elle-même jugée laborieuse par l’AE à cause d’un dossier « particulièrement volumineux et difficile d’accès ».

Malgré nos différentes réserves quant à la méthode et aux limites de cette enquête publique – concentrée exclusivement sur le volet porté par Vinci-Arcos alors que les impacts du projet devraient être abordés à l’échelle globale car dépassant l’emprise directe de l’autoroute –  nous vous exposons nos réserves sur les thèmes exclusivement traités par l’Enquête publique, à savoir les impacts du projet sur le sol, la biodiversité et l’eau.

Le projet – dont l’empreinte impactera 450ha de terres – ne comporte aucune étude des sols, pourtant recommandée par l’AE. Les sols apportent de nombreux services écologiques à notre écosystème comme la prévention des inondations, l’épuration de l’eau, le stockage du carbone – et donc l’atténuation du dérèglement climatique -, l’atténuation des îlots de chaleurs urbains grâce à la rétention et l’évacuation de l’eau, sans oublier son rôle fondamental de support de la biodiversité et du paysage. Le projet aura des impacts non négligeables sur des services éco-systémiques essentiels.

En outre, les infrastructures linéaires ont des effets particulièrement dommageables sur la biodiversité, notamment à cause de la perte et la fragmentation de l’habitat. En coupant six corridors écologiques et en détruisant deux réservoirs de biodiversité identifiés dans le Schéma Régional de Cohérence Ecologique, le projet empêchera la jonction des espaces importants pour la préservation de l’écosystème. Mutiler les corridors écologiques, c’est priver la faune et la flore sauvage des échanges génétiques nécessaires à la survie des espèces.

Nous nous questionnons également sur les impacts du projet quant à la gestion de l’eau et des zones humides. La surface goudronnée de l’autoroute ne pourra plus absorber l’eau de pluie qui ruissèlera, chargée de polluants, jusqu’aux cours d’eau. Les bassins de rétention ne seront pas suffisants pour tout filtrer et les 31 ha de forêts abattus ne pourront retenir les inondations. Quand, enfin, l’eau polluée sera absorbée par le sol, elle rejoindra à terme la nappe phréatique qui ne dispose pas de protection naturelle imperméable. L’AE a pourtant rappelé la vulnérabilité de la nappe sur les secteurs du cône alluvial de la Zorn et de la vallée de la Bruche – tous deux sur le tracé – à cause de la faible épaisseur de recouvrement et la proximité immédiate de la nappe sous le sol. Comment prévenir ce danger supplémentaire pour la santé des habitant.es ?

Enfin, comment pouvons-nous encore croire qu’un projet datant des années 70 pourrait répondre à nos besoins actuels, aux enjeux écologiques et économiques de notre époque ? Nous restons convaincu.es que l’on ne peut régler une problématique actuelle – désengorger les abords de Strasbourg, si tel est réellement l’objectif du GCO – avec un projet élaboré sur des dynamiques et des schémas dépassés. Des alternatives existent : mise en place de l’écotaxe pour les véhicules poids-lourds, réduction de l’autosolisme grâce au développement du co-voiturage, du télétravail, des transports collectifs : bus, tram, train, TSPO …

En regards de ces éléments, nous, élu.es écologistes à la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, nous positionnons contre ce projet et demandons un avis défavorable. Malgré les multiples interrogations soulevées, nous gardons confiance dans le respect de l’intérêt général, et espérons que la prise en compte des résultats de l’enquête publique permettra de renverser le processus de déni de démocratie qui semble avoir été enclenché.

Nous vous prions de croire, Madame la Présidente, en l’expression de nos respectueuses salutations.

 

Danielle Dambach et Marie-Dominique Dreyssé, co-présidentes du groupe des élu.es écologistes et citoyen.nes à l’Eurométropole

Jeanne Barseghian et Jean Werlen, co-président.es du groupe des élu.es écologistes et citoyen.nes à la Ville de Strasbourg,

Andrée Buchmann, adjointe à la maire de Schiltigheim, conseillère à l’Eurométropole

Martin Henry, adjoint à la maire de Schiltigheim et conseiller à l’Eurométropole

Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg et vice-président à l’Eurométropole,

Patrick Maciejewski, adjoint à la maire de Schiltigheim, conseiller à l’Eurométropole

Françoise Schaetzel, conseillère municipale de Strasbourg et conseillère déléguée à l’Eurométropole,

Françoise Werckmann, conseillère municipale de Strasbourg

 

 

 

 

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