ZFE : n’infligeons pas une triple peine aux gens les plus modestes !

Conseil municipal du 23 septembre 2019

Point 35 – Déploiement d’une zone à faibles émissions sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg

Françoise Schaetzel, pour le groupe des élu.e.s écologistes

Regardons les choses en face, les politiques pour la qualité de l’air, toutes majorités confondues, ont jusque-là été largement insuffisantes en termes de résultats.

Bien sûr, nous avons amélioré de quelques pourcents les concentrations de particules fines. Bien sûr, bien moins d’habitants respirent un air pollué. Mais les dioxydes d’azote, ceux émanant majoritairement du trafic routier repartent à la hausse, et ce n’est pas le GCO qui va arranger cela. Rappelons, mais vous le savez toutes et tous, c’est la pollution de fond, bien plus que les pics de pollution,  qui nous empoisonnent. 150 morts par an au minimum sur l’Eurométropole. Au niveau national, on est en train de revoir l’impact sur la santé à la hausse : on disait 48000 morts par an il y a 4 ans, certaines études plus récentes évoquent le chiffre de 70 000 décès par an, plus que l’alcool !

Et pourtant, nous en avons déployé, des efforts  y compris ces dernières années : circulation différenciée, diminution de la vitesse, évolution de notre flotte de véhicules : quelques dizaines d’initiatives dont je ne vais pas faire la liste maintenant. Et j’en profite pour remercier les services avec lesquels j’ai eu le plaisir de travailler

Tout ça pour ça ! De cette situation, tirons en les leçons : il faut aller plus vite, plus loin, plus fort. La ZFE est une brique de ce qu’il faut que nous mettions rapidement en place. Un brique seulement, mais une brique structurante.

Bien sûr on peut tergiverser : les pastilles crit’air sont-elles une bonne référence ? Même les voitures dites propres émettent des particules etc. Tout cela est vrai

Mais, à ce propos, permettez-moi d’insister sur 3 points :

1er point : Rappeler d’abord que les gens les plus modestes sont ceux qui sont les plus victimes de la pollution. Les logements les moins chers sont souvent les plus proches des voies de grande circulation. Nous même, chers collègues, essayant d’habiter le plus loin possible de cet air irrespirable, de ce bruit, dégagés par le trafic routier.

2ème point : On a souvent parlé dans cet enclave d’inégalités sociales de santé : oui, au minimum 10 ans de vie de moins pour les plus modestes, liées à des inégalités socio-économiques. Avec la pollution de l’air, on en ajoute encore un cran, on cumule risques environnementaux et socio-économiques de façon inégalitaire. Ce sont les mêmes qui trinquent, eux, leurs enfants, leurs petits enfants

3ème point : Ne risquons-nous pas alors d’infliger une triple peine aux gens les plus modestes: davantage soumis à la pollution de l’air, cumulant les risques sanitaires et environnementaux de façon inégalitaire, et  plus fréquents propriétaires des voitures les plus polluantes, vieilles et au diesel qu’on leur demande de ne plus utiliser.

Face à cela, je dirais presque malgré cela, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il faille mettre en place une ZFE rapidement et sur un périmètre le plus large possible d’où l’importance d’un calendrier important sur l’Eurométropole, parce qu’il y a maintenant suffisamment de recul pour savoir que c’est une modalité efficace d’amélioration de la qualité de l’air.

Mais, et je voudrais insister la dessus, ne considérons pas la ZFE comme un objectif en soi en y ajoutant, appuyons nous sur elle pour en faire un outil de report modal de la voiture vers d’autres mobilités. Des « mesures d’accompagnement », mot tiroir dont on ne sait pas précisément ce que cela recouvre

Profitons de la ZFE, appuyons nous sur elle pour en faire un outil de report modal de la voiture vers d’autres mobilités : il y a encore tellement de choses à faire sur les transports collectifs, les vélos, les nouvelles mobilités, les livraisons, les plans de mobilité des entreprises etc

Et précisons pour chacune de ces modalités la façon dont les catégories les moins privilégiées sont prises en compte : services publics, renforcement de la tarification solidaire, primes spécifiques : La tâche reste importante et nous le ferons dans un cadre de solidarité pour ne pas rajouter de la peine à la peine des plus modestes de nos habitants.

 

 

 

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