SIG ARENA : sachons raison garder !

Tribune d’Alain Jund parue dans les DNA le 19/10/2019

Le dossier de la SIG ARENA ne saurait nullement se résumer à des enjeux de « champs de compétence » entre la Ville et l’Eurométropole ni même à un différend entre les « deux têtes » de l’exécutif. Alain JUND, adjoint écologiste au Maire en appele  à un peu lucidité et de la raison au nom des élus écologistes et citoyens de la Ville.

Le basket est un sport populaire dans notre ville et notre agglomération. Son club phare a été porté aux avant-postes pour ses résultats et ses exploits au plan national comme au niveau européen. Cet enthousiasme légitime nous impose de garder la tête froide. Pour ce projet d’ARENA avec plus de 8000 places pour les matchs de basket en lieu et place de l’ancien Rhenus le budget avancé à ce jour s’élève à 40 millions d’euros. Dont, excusez du peu, plus de 17 millions sont sollicités auprès des collectivités publiques. Ce sont donc aussi nos impôts qui sont directement concernés.

Sport spectacle et argent public.

Les élus écologistes se sont exprimés dès le mois de juin, ils  s’interrogent plus que jamais sur ce projet. Il représente, en premier lieu, un réel risque financier important pour nos collectivités, et donc directement les contribuables strasbourgeois car l’Eurométropole serait aussi appelée à garantir l’emprunt sur cette opération. Si ls résultats sportifs n’étaient pas à la hauteur, si le public et les investisseurs privés diminuaient, les seuls à assurer le risque d’une «éventuelle « aventure » seraient les contribuables strasbourgeois et de l’Eurométropole. Nous devrions mettre le patrimoine public à disposition du privé tout en obligeant la collectivité publique à garantir les risques !

Ce dossier suscite ensuite une incompréhension paradoxale. A quelques centaines de mètres, nous venons d’investir pour plus de 100 millions d’euros pour le Parc Exposition après l’agrandissement du Palais de la Musique et des Congrès. Et en « même temps » nous (les collectivités et les contribuables) devrions à nouveau investir de l’argent public pour une ARENA qui, en dehors des matches accueilleraient les mêmes activités que le PMC : manifestations publiques, salons réceptions, sport santé et activités de congrès. Le nombre d’évènement « commerciaux » hors rencontres sportives dépasseraient les 170 par an. Nous financerions donc notre propre concurrence. En matière de doublons et de rigueur, on peut trouver plus vertueux.

C’est également la grande surprise d’une demande d’aide financière à la Ville (3,9 millions d’euros) et autant pour l’Eurométropole. Pendant plus de 4 ans, les dirigeants du club nous affirmaient, budget prévisionnel à l’appui, que cette infrastructure n’aura pas besoin d’un seul centime d’argent public. Le secteur privé assurait ce projet, nous devions leur faire entière confiance…Et patatras, nous voila avec une demande de près de 8 millions d’argent pour les collectivités strasbourgeoises. Confiance ? Quelle confiance aurions nous en une petite association qui opérerait un tel revirement. On peut avoir le goût du risque mais s’agissant d’argent public à un tel niveau…faut-il nous engager sur une opération à ce point hasardeuse ?

Investir dans les priorités de demain

C’est enfin le syndrome de l’argent magique…mais seulement pour certains. Depuis des années, notamment avec le Pacte financier imposé par l’Etat,  il a été demandé aux collectivités des efforts de rigueurs importants. Avec un impact direct sur les services publics de proximité et les moyens des agents de ces mêmes collectivités. Et par un coup de baguette magique, nous voilà en capacité de dégager des millions d’euros alors que se développent des besoins pour les centres socio-culturels, les gymnases, les écoles, les centres médico-sociaux dans les quartiers. Sans oublier naturellement les attentes et les demandes réitérées des clubs et associations sportives qui dans les quartiers travaillent au quotidien avec des moyens on ne peut plus limités. La sobriété pour les uns et des dépenses sans trop de limites ailleurs ? Ces éléments ont conduit les élu.e.s écologistes à ne pas s’associer à ce financement public important pour le budget municipal.

Nos collectivités locales se doivent, aujourd’hui plus que jamais, investir dans le bien commun, la vie quotidienne et le défi climatique : qualité de l’air, transports collectifs, rénovation thermique, services publics de proximité. Mais également de développer fortement le soutien aux activités, associations et pratiques sportives dans notre ville…

Laissons le secteur privé subvenir aux activités commerciales du spectacle sportif. Aux collectivités publiques de relever prioritairement les défis de la ville de demain au service et avec ses habitant.e.s.

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