Oui à la gratuité des transports pendant les pics de pollution mais allons plus loin !

Conseil de l’Eurométropole du 29 novembre 2019

A propos de la gratuité des transports collectifs les jours de pic de pollution

Alain JUND, pour le groupe des élu.e.s écologistes et citoyen.ne.s

Monsieur le Président, mes chers collègues,

D’aucuns diront que le débat sur la gratuité a accouché d’une souris….les écologistes disent plus pragmatiquement : bravo….enfin….et c’est bien la moindre des choses…..mais…. !

Nous devons naturellement nous satisfaire de cette délibération visant à rendre gratuit l’usage des transports collectifs lors des épisodes (de plus en plus fréquents) de pollutions atmosphériques.

Cette décision est un signal pour nos concitoyens, c’est un facteur d’exemplarité avec vertu pédagogique. C’est un levier pour la concrétisation naturellement de la ZFE (zone à faible émission) sans pénaliser aucun habitant de notre agglomération.

Mais nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette seule mesure….petite mesure !

Face à l’urgence climatique, face aux enjeux de santé publique, face à l’explosion des émissions de gaz à effet de serre rappelé encore par l’ONU ces derniers jours  nous ne pouvons pas, ici et maintenant à Strasbourg, en rester à cette seule délibération.

En 1989, Strasbourg a engagé une rupture en matière de mobilité avec l’arrivée du tram qui a transformé l’aménagement de nos espaces et changé foncièrement nos manières de nous déplacer. C’était il y a 30 ans, et nous appelons, aujourd’hui, face aux défis à relever à engager un nouvelle rupture en terme de mobilité.

L’attractivité des transports collectifs et des mobilités actives tient à plusieurs facteurs : une tarification accessible, une fréquence concurrentielle, une desserte du territoire et un maillage fin du réseau.

Nous savons que la tarification est un élément important, en particulier sur notre territoire où plus de 25 % des habitants vivent sous le seul de pauvreté.

Le débat sur la gratuité (totale et partielle) aura certainement lieu au cours de ces prochains mois, mais nous ne pouvons que regretter, aujourd’hui,  le manque d’ambitition de cette délibération notamment au regard des débats fructueux du Groupe de Travail que vous avez mis en place :

  • Rien sur la gratuité des sorties scolaires; mesure d’égalité urbaine pour toutes les communes et tous les quartiers ; unanimement plébiscitée y compris par les associations de parents d’élèves et les enseignants
  • Rien sur la gratuité des publics scolaires alors que nous savons que le bassin de vie dépasse largement l’école du secteur et notamment pour les collégiens,
  • Rien sur les journées d’information lors des pics de pollution afin d’élargir et de prévenir les effets sur la santé et la qualité de l’air,
  • Rien sur la révision et la simplification de la tarification solidaire: mesure de justice sociale pour l’ensemble de nos concitoyens…

Dommage !

Deux remarques pour conclure :

La politique des mobilités ne peut néanmoins se réduire au débat sur la tarification. Concernant le réseau il nous faut aujourd’hui franchir une nouvelle étape en matière d’investissements massifs pour les transports collectifs Extension du tram vers le nord bien au-delà de Schiltigheim, vers l’Ouest pour Eckbolsheim, un nouvel horizon pour les communes dites de la seconde couronne et le réseau express métropolitain nécessitent des investissements massifs. Les pouvoirs publics investissent 100 millions pour le Racing, 17 millions pour la SIG, 30 millions pour les zones commerciales et 230 millions pour l’usine d’incinération. Il s’agit d’une priorité politique qui a été quelque peu oubliée au cours de ces dernières années. L’urgence  climatique n’est ni au Racing, ni à la SIG ni à la Vigie !

Ensuite je voudrais finir par une alerte. L’Etat est généreux quand il s’agit de partager les sanctions (Cour de Justice Européenne sur la pollution atmosphérique) mais l’Etat ferme les robinets et met les collectivités à sec pour investir dans l’avenir des transports collectifs dans nos agglomérations

  • La loi LOM (Orientation des Mobilités) votée la semaine dernière est silencieuse (budgétairement s’entend) sur les contributions de l’Etat sur les TC dans les intercommunalités pourtant érigées en fer de lance pour les mobilités. Diminution de 45 millions d’euros s’agissant de la compensation liée au versement transports.
  • L’Agence de Financement des Infrastructures de Transports de France va consacrer la totalité de ses 3 milliards d’euros à l’entretien des canaux et des infrastructures routières.
  • Et je ne parle pas des derniers arbitrages entre l’Etat et la SNCF sur ce que le Président de la République a appelé « les mobilités du quotidien ». Il manque 350 millions à la SNCF pour entretenir et dynamiser les réseaux du quotidien.

Exit donc les aides de l’Etat pour le développement des transports collectifs dans nos agglomérations.

C’est une première dans notre pays à quelques jours de l’ouverture de la COP 25 à Madrid.

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