Une politique déterminée pour un bilinguisme populaire

Conseil de l’Eurométropole du 18 décembre 2019

Monsieur le Président, chers collègues,

Point 20. Schéma de coopération transfrontalière (SCT) de l’Eurométropole

La coopération transfrontalière, vaste programme ! Et toujours combien difficile.

J’ai pu mener à bout, avec une équipe déterminée, un projet Interreg : «  Construire et planifier pour un Développement Durable du Rhin Supérieur » en 2005 ! Ce n’est pas d’hier.

J’en ai débuté un sur l’Eco-innovation dans les PME que nous avons abandonné devant les exigences administratives de plus en plus lourdes et pas toujours justifiées. Un partenaire potentiel que j’avais sollicité, plutôt une grosse structure, m’a répondu : Interreg, Finger weg ! C’est vous dire.

Dans ce contexte de coopération transfrontalière vu des salons du pouvoir, et  qui en en train de se durcir encore, les Eurodistricts représentent un cadre  où règnent la bienveillance et la volonté de faciliter les initiatives des acteurs du territoire.

Les projets présentés dans ce rapport sont intéressants et à soutenir. Mais il y a un point, transversal, qui mériterait d’être mis en chapeau : la promotion et le développement du bilinguisme franco-allemand.

Il est effectivement fait état dans Ambition 2, p.11, de

  • Communiquer et faire participer, systématiquement dans les deux langues

Et l’on peut espérer que p. 13 l’Ecole Franco-allemande espérée utilise le français et l’allemand comme langue d’enseignement.

Mais si nous voulons éviter un bilinguisme élitiste, si nous voulons un bilinguisme résolument populaire, il faut mettre en place une politique déterminée.

Politique qui s’appuie sur la réalité linguistique de notre région et notre  culture si particulière, à la rencontre de deux univers, le monde latin et le monde germanique. Auxquels se sont adjointes les traditions de toutes celles et de tous ceux qui ont choisi de venir vivre ici. Il y a très longtemps, ou plus récemment, apportant leur substance dans la métamorphose perpétuelle de la culture alsacienne.

Celles et ceux qui viennent d’ailleurs comprennent la richesse de ce bilinguisme et d’aucuns savent le cultiver, en l’ajoutant à leurs propres compétences initiales. Une de mes anciennes étudiantes de FLE d’origine turque me racontait récemment qu’elle a trouvé un travail très intéressant à Kehl parce qu’elle était bilingue français-allemand. Elle était reconnue et appréciée pour cet apport à l’entreprise alors que dans ses précédents emplois en France elle était mal considérée. « Je n’étais qu’une immigrée ».

L’allemand n’est pas la langue du voisin en Alsace. Historiquement c’est la langue d’origine des Alsaciens. Dans l’espace rhénan, le Ditsch est la langue entre voisins. Ma langue maternelle est l’Elsasserditsch. Quand je vais à Bâle je parle Schwitzerditsch, et à Berlin le Hochdeutsch. Et le Badisch au Pays de Bade.

Depuis le Recteur Deyon, l’Education Nationale a reconnu l’allemand, langue écrite de l’alsacien, comme langue régionale de France.

Quelle stratégie mettre en place pour ce  bilinguisme enrichi de  ses parlers dialectaux puisse se développer ? Grâce à l’école, mais aussi dans la vie publique.

Bruxelles et Luxembourg sont bilingues. Pas Strasbourg. Ce serait pourtant un atout de poids, dans notre combat pour l’Europe.

Et vous n’ignorez pas que les entreprises de Bâle recrutent maintenant plutôt du côté de Lörrach et Weil-am-Rhein parce que les Sundgauviens  parlent de moins en moins alsacien et allemand ?

Pourquoi ne pas envisager une Bilingua – Zone comme l’a proposé notre grand écrivain parfaitement bilingue, André Weckmann, en 1991 ? Il s’agit aussi d’impulser une démarche bilingue du côté du Pays de Bade qui malheureusement manque aussi de détermination dans ce domaine. Contrairement à la Sarre.

Car si on a vraiment l’ambition d’une région transfrontalière dynamique, il faudra bien que nous puissions communiquer directement entre nous, sans intermédiaire….

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